MANIFESTE DU GROUPE « NO ONE IS ILLEGAL »

MANIFESTE DU GROUPE « NO ONE IS ILLEGAL (GB) »

NO ONE IS ILLEGAL! PERSONNE N’EST ILLEGAL!

POUR UN MONDE SANS FRONTIERES

SANS CONTROLES DE L’IMMIGRATION !

Défendons les « hors la loi » de l’immigration!

Les contrôles de l’immigration devraient êtres abolis. Personne ne devrait être jugé « illégal » du fait qu’il ou elle ait été victime d’un système de contrôles de l’immigration immonde qui devient de plus en plus brutal et agressif. Pourquoi les lois sur l’immigration sont-elles différentes des autres lois? Toutes les autres jugent des actes comme étant illégaux; en ce qui concerne les lois d’immigration, c’est la personne qui est illégale. Ceux et celles qui sont soumis aux contrôles d’immigration sont déshumanisés, ne sont plus considérés comme des sujets, ne sont plus personne. Ce sont les « hors la loi » modernes. Comme leurs équivalents médiévaux ils existent en dehors de la loi et en dehors de sa protection. S’opposer aux contrôles de l’immigration exige de défendre tous les « hors la loi » de l’immigration.

Prendre garde au fasciste ! Comprendre l’ennemi !

Les contrôles de l’immigration ne sont pas assimilables au fascisme. Les centres de rétention ne sont pas des camps de concentration. Cependant les lois sur l’immigration sont significativement différentes des autres lois : elles sont le résultat, du moins en partie, d’une activité fasciste organisée. Les premiers contrôles en Grande-Bretagne sont apparus dans la loi sur les étrangers (Alien Act) en 1905 et ont été dirigés contre les réfugiés juifs qui fuyaient l’antisémitisme en Europe de l’Est et en Russie. L’une des raisons principales, et sans doute la principale, de la mise en ?uvre de cette législation, fut l’agitation faite par la Ligue des Frères Britanniques, organisation proto fasciste formée en 1901 autour de la revendication des contrôles, qui a organisé d’importantes manifestations à London East End et que l’on peut considérer comme la force principale qui a motivé cette législation. Les évènements de Notting Hill et Nottingham en 1958 ont rapidement été suivis par la mise en place des premiers contrôles, dirigés contre les noirs – Loi sur les Immigrés du Commonwealth de 1962 – On donna à ces évènements le nom d’ « émeutes raciales », pour les faire apparaître comme des émeutes de rue non politiques et spontanées. La réalité est tout autre : ces attaques physiques et politiques contre la population noire furent organisées par des organisations ouvertement fascistes comme le Mouvement de l’Union d’Oswald Moseley et la Ligue pour la Défense de la Race Blanche de Colin Jordan. Ces organisations avaient une revendication spécifique ? les contrôles migratoires. Les organisations de façade, telles que l’Association britannique pour les contrôles de l’immigration, ont ainsi mené campagne jusqu’à la promulgation de la loi. Oswald Moseley lui-même fut cité dans le journal de gauche Reynolds News, daté du 05/11/1961 : il y affirmait haut et fort que le projet de loi ayant entraîné la loi de 1962 était le « premier succès » des fascistes dans ce pays.

Les lois sur l’immigration sont de plus par nature racistes, car leur objectif est d’exclure les étrangers. Elles nourrissent et légitiment le racisme. Loin d’être un trait naturel du paysage politique, elles en sont une récente et désastreuse distorsion, que seul le racisme peut expliquer. Ceci, associé aux origines fascistes de telles lois, rend la notion de « réforme » des contrôles de l’immigration (en opposition à celle d’abolition) problématique.

Les contrôles de l’immigration sont plus qu’ils n’y paraissent!

Les contrôles de l’immigration nient le droit des individus à la liberté de circulation et le droit de décider pour eux-mêmes et elles-mêmes où ils/elles désirent vivre et travailler. Ils privent aussi les migrants de l’accès aux droits tels que le droit au travail, le droit à la protection sociale et légale dont les habitants du pays d’arrivée bénéficient. Ils causent aussi des souffrances intolérables à nombre de personnes. Le seul objectif de ces souffrances est de décourager les potentiels migrants de demander l’asile, de venir pour travailler ou rejoindre leur famille ici. Les migrants sont donc punis, non pour quoi que ce soit qu’ils ou elles aient fait, mais plutôt pour ce que d’autres pourraient faire dans le futur.

Les contrôles ne se limitent pas aux exclusions ni aux expulsions. Ils font partie d’un système global : un système d’extrêmes douleurs et souffrances. Ils sont internationaux puisque tous les pays, particulièrement les pays industrialisés, les mettent en ?uvre ; ils sont aussi internationaux à la façon de l’ancien Empire britannique. Les ambassades britanniques, les Hauts Commissariats britanniques, les Consulats britanniques, sont implantés à travers le globe privant les indésirables de visa d’entrée. Un vaste édifice de répression est bâti pour empêcher la circulation des personnes. Ceux et celles qui tentent de fuir la guerre et la répression, ou tentent d’améliorer leur situation en migrant, sont forcé(e)s d’acheter de faux papiers, ou pire encore, de voyager clandestinement, avec l’aide souvent d’un passeur sans scrupules. Au cours de ce périple beaucoup d’entre eux/elles connaissent de dures épreuves, et des milliers en meurent. La solution n’est pas d’abolir les passeurs, qu’ils soient sans scrupules ou non : elle est d’abolir les contrôles qui nourrissent ces passeurs, ces souffrances et ces misères.

Les contrôles sont, de plus, intrinsèques à l’état moderne et en particulier à l’état britannique contemporain. Ils exigent le développement d’activités répressives et violentes comme la surveillance, la sécurité, les prisons et le maintien de l’ordre, qui menacent de s’insinuer dans la société entière. La mort de Joy Garner (et de tous les autres) entre les mains des officiers de l’immigration est un mauvais présage pour le futur.

Les officiers de l’immigration font partie de ce que le collègue de Karl Marx, Frederick Engels, a décrit comme « les corps armés de l’homme » qui constituent l’état. Sous les lois de l’immigration, environ 2000 immigrés et demandeurs d’asile qui n’ont été inculpés d’aucun acte criminel, y compris des enfants, des bébés et des femmes enceintes, sont enfermés sans jugement, pour une durée illimitée, et n’ont que difficilement accès à la liberté provisoire. Les demandeurs d’asile qui ne sont pas enfermés n’ont plus, eux, le droit de travailler. Depuis 1996, les employeurs prennent le relais des services de l’immigration, puisqu’ils sont responsables du statut migratoire de leurs employés et risquent des sanctions criminelles pour avoir employé des sans-papiers. Durant ces deux dernières décennies, le droit aux diverses prestations sociales a été lié au statut migratoire. Ceux qui ne possèdent pas le statut demandé se retrouvent sans aides sociales. Ils sont exclus pratiquement de toutes les allocations non-contributives, qu’il s’agisse des allocations familiales, des logements sociaux, des hébergements d’urgence pour les sans abris, des soins en cas d’hospitalisation, des aides publiques des autorités locales pour les pauvres, les malades, les personnes âgées ou vulnérables, de la protection sous la loi pour la protection de l’enfance, de la scolarisation dans les prisons et les centres de rétention et les nouveaux centres d’hébergement. L’idée répandue selon laquelle les étrangers seraient prioritaires en prend un coup ! Depuis 1999 en effet les demandeurs d’asile ont été transformés délibérément en une sous-classe soumise à un régime qui rappelle la loi sur les pauvres datant du 19e siècle. Comme dans cette loi, les allocations sont au-dessous du seuil de pauvreté (70% du RMI). Il existe aussi des dispersions forcées dans des hébergements non choisis. Sous la législation introduite en 2002, nombre de demandeurs d’asile n’ont même pas accès à ces quelques misérables droits : ils ne sont pas aidés par l’état et n’ont pas droit au travail.

Les contrôles ne concernent pas seulement les réfugiés. Ceci n’est que le dernier mythe gouvernemental. Les migrants et immigrés- ceux qui viennent pour travailler et ceux qui viennent pour rejoindre leur famille ? de même que les touristes et les étudiants, sont eux aussi soumis aux contrôles, comme les réfugiés. Sauf que, contrairement à ces derniers, ils n’ont accès à aucune forme d’aide publique. L’histoire est ici importante. Ce sont les communautés d’immigrés, spécialement du continent indien et des Caraïbes, qui depuis 1970 ont attaqué directement les contrôles de l’immigration en organisant des campagnes contre les expulsions et pour le regroupement familial. Ce sont ces campagnes qui ont formé le socle du mouvement actuel pour la défense des réfugiés.

Peut-il y avoir des contrôles non – racistes ou justes?

Les contrôles de l’immigration sont racistes. Les premiers contrôles de l’après-guerre, contenus dans la loi sur l’immigration du Commonwealth de 1962 étaient dirigés contre la population noire. Mais ceux qui sont soumis aux contrôles migratoires ne sont pas tous noirs. La dernière décennie a vu l’émergence d’un racisme à l’encontre des immigrés de l’Europe de l’Est. Cette forme de racisme est souvent associée à un racisme anti-musulman qui fait que les contrôles en vigueur sont dirigés des Bosniaques aux Serbes, en passant par les Roms et les autres nationalités de l’ex empire russe. Tout cela n’a rien de nouveau. Les premiers contrôles migratoires qui figurent dans la loi sur les étrangers (Aliens Act) de 1905 furent imposés aux réfugiés- les Juifs fuyant la persécution en Europe de l’Est, ainsi que dans la Russie du Tsar. Les même contrôles furent encore imposés aux juifs qui essayaient de fuir les nazis. En bref, la première moitié du 20e siècle met en oeuvre les contrôles contre les juifs. La seconde moitié, ceux contre les noirs. Enfin la dernière décennie contrôle tout individu fuyant la guerre, la pauvreté et la destruction, et toute personne désirant rejoindre sa famille.

Aujourd’hui il existe un mouvement, fragmenté certes, contre ces contrôles de l’immigration – un mouvement qui défie les expulsions, un mouvement contre les centres de rétention, qui est solidaire des réfugiés. La force de ce mouvement réside dans le fait qu’il ait uni dans une même coalition libéraux et socialistes, réformistes qui ne s’opposent pas aux contrôles par principe et socialistes qui s’opposent à toute forme de contrôle et qui défendent le fait que personne n’est illégal. La plus grande faiblesse de ce mouvement est qu’au niveau des idées, ce sont les idées libérales qui sont dominantes. La plupart de ceux qui sont critiques à l’égard des contrôles pensent en effet que ceux-ci peuvent être « assainis » d’une manière ou d’une autre, rendus justes, non-racistes.

Même les socialistes hésitent parfois à porter cette revendication de l’abolition de tout contrôle de l’immigration et à en tirer logiquement les conséquences, de peur de perdre de potentiels alliés contre les abus qui en découlent.

La conséquence en est que l’argument contre ces contrôles n’est tout simplement pas mis en avant. Beaucoup de gens, peut-être la plupart des personnes raisonnables, lorsqu’on leur présente les arguments, admettent qu’en principe les contrôles de l’immigration sont injustes, mais pensent que se battre pour leur abolition est irréaliste. Les idées, ainsi que la lutte pour les défendre, comptent. Les mauvaises idées peuvent dans le meilleurs des cas conduire à la confusion et à une voie sans issue. Dans le pire des cas, elles engendrent une connivence avec le système en place. Notre position- une position qui n’admet pas que quiconque soit illégal, qui revendique un monde sans frontières- est celle-ci : les limitations, en matière d’immigration, ne seront jamais justes ou non-racistes, et ceci pour les raisons suivantes :

Premièrement les contrôles sont par nature racistes du fait qu’ils reposent sur le nationalisme le plus rudimentaire-à savoir que la Grande-Bretagne appartient aux britanniques. Deuxièmement, ils ne sont explicables que par le racisme. Leur imposition est une victoire pour les fascistes, les proto-fascistes et les organisations fascistes actuelles. Il est impossible d’imaginer comment des lois qui ont vu le jour grâce à de tels moyens, des lois accompagnées par les plus ignobles et racistes des imageries et hypothèses, pourraient jamais être ré-définies et rendues « justes ». Troisièmement, la revendication pour des contrôles « justes » ignore tout simplement les liens entre les contrôles de l’immigration et le droit à la protection sociale. Ces liens ont un caractère intrinsèquement injuste et raciste. Les contrôles ne peuvent jamais être « justes » pour ceux qui en dépendent et y sont soumis.

La revendication de la suppression des contrôles, qui repose sur l’affirmation No one is illegal, est souvent tournée en dérision comme étant utopique ; on y oppose alors la réaliste revendication de contrôles justes. La lutte contre toute forme de contrôle est certainement ambitieuse : elle nécessitera sans doute une révolution. Mais mettre en place des limitations justes en matière d’immigration (c’est à dire la transformation des contrôles de l’immigration en ce qui leur est contraire) requiert bien un miracle !

D’autres problèmes au sujet des arguments pour des réformes

La déclaration, notre déclaration, No one is illegal veut dire exactement ce qu’elle dit -elle ne veut pas dire que seules certaines personnes ne sont pas illégales ou bien que seulement certaines personnes sont légales. La revendication contre toute forme de contrôle signifie qu’il n’y a pas de connivence possible avec les arguments pour les contrôles ou avec les contrôles eux-mêmes. Cependant les contrôles sont devenus tellement légitimés politiquement qu’il est devenu trop facile d’accepter leur existence et de les combattre en même temps. Voici quelques exemples de ce que l’on combat — ces exemples sont délibérément provocants : Premièrement nous sommes les défenseurs absolus et inconditionnels des campagnes contre les expulsions. Néanmoins, nous sommes critiques de l’importance donnée aux raisons humanitaires pour dénoncer les expulsions, en particulier les références aux thèmes récurrents de la maladie, l’âge, la vulnérabilité des enfants, violence contre les femmes et destruction des relations familiales. Bien sûr, nous acceptons que ces problèmes doivent être exposés, et exposés avec force, au Ministère de l’Intérieur, en privé, comme un argument légal de défense. Le rapport de force actuel – le Ministère de l’Intérieur jouissant du pouvoir le plus grand – exige cette exposition. Cependant il n’est pas nécessaire que des campagnes contre les expulsions se construisent politiquement et publiquement sur le thème de « l’humanité ». On distingue en effet dans ce cas « ceux qui méritent » et « ceux qui ne méritent pas»- ceux à qui l’on trouve des raisons d’humanité et ceux qui n’en ont pas. Cela légitime l’obligation d’inspiration raciste de justifier leur présence. Et ainsi ce qui est normalement indésirable ?par exemple la mauvaise santé- devient quelque chose de hautement désiré afin de rester ici.

Sous le prétexte d’obtenir un soutien pour des raisons humanitaires, les individus sont déshumanisés, et privés de leur dignité, puisqu’ils sont réduits à la somme de leurs invalidités et de leurs vulnérabilités. Une compétition naît au sein de ceux qui sont soumis aux contrôles de l’immigration pour savoir pour qui les raisons humanitaires sont les plus graves. En fin de compte il est pratiquement impossible pour les jeunes, en bonne santé, sans enfants, célibataires, sans dossier de demande d’asile, de défendre leur droit de s’installer. Nous soutenons donc le slogan « Solidarité et pas Pitié ». Nous soutenons inconditionnellement le droit de toute personne à résider ici si elle le désire, indépendamment de ses circonstances individuelles.

En second lieu, nous défendons la nécessité d’exposer tous les mensonges et l’hypocrisie des partisans des contrôles de l’immigration – le mensonge notamment selon lequel les personnes qui viennent ici sont un « fardeau » pour les dépenses sociales et «inondent» le pays. Il est important de rejeter l’idée que si les contrôles de l’immigration étaient abolis ce pays serait envahi par les populations de continents entiers; la réalité est que la vaste majorité des gens préfère rester chez eux s’il leur en est possible. Cependant nous rejetons l’argument selon lequel l’immigration est dans l’intérêt économique des habitants de ce pays, car un tel argument est faux et parce que la situation peut changer. Par exemple, il est vrai que, jusqu’à récemment, il y avait plus d’émigrés que d’immigrés ; hors ceci n’est plus le cas. Les immigrés et les réfugiés contribuent aujourd’hui nettement au système de protection sociale, par leurs cotisations etc. Mais si de nouveaux arrivants avaient accès à un pourcentage « disproportionné » des aides sociales, cela signifierait-il que nous devrions être en faveur des contrôles ? Les statistiques sont très utiles dans le sens où elles mettent en lumière les distorsions et les mensonges, mais elles ne peuvent constituer le fondement de notre opposition aux contrôles. Les statistiques peuvent être un jouet aux mains du destin politique. Les principes ne le sont pas. C’est pour cela que nous soutenons le principe qu’aucune personne n’est jamais illégale.

Troisièmement, nous reconnaissons que pendant plusieurs siècles, les immigrés et les réfugiés ont contribué à la société britannique. La Grande- Bretagne s’est construite au fil des vagues d’immigration -l’idée d’une quelconque population « indigène » est non seulement politiquement raciste mais aussi historiquement absurde. Toutefois nous nous opposons aux arguments qui cherchent à justifier la présence de quiconque sur la base d’une contribution économique ou culturelle ou de toute autre contribution. Il n’appartient ni à l’Etat britannique ni à quiconque de décider de l’endroit où l’on devrait ou pas vivre : seuls les migrants et réfugiés eux-mêmes ont le droit de le décider. Nous soutenons le droit d’entrée sans entraves pour les incapables, les inemployables et les incultes. Nous affirmons No one is illegal.

Le gain des uns fait l’exclusion des autres. Pas d’«égalités des chances» dans les contrôles d’immigration !

Une caractéristique évidente, mais souvent oubliée, des contrôles d’immigration et de la lutte contre le contrôle, est que si l’on doit définir qui sera exclu de ce contrôle, force est de définir aussi qui y sera inclus. Personne n’est illégal veut dire que la réforme des contrôles d’immigration, quelle que soit la manière dont elle est présentée, est au mieux problématique, et au pire inacceptable car elle laissera toujours certaines personnes soumises aux contrôles. Il y aura donc toujours des « hors-la-loi » de l’immigration. Une revendication qui ne demande pas l’abolition totale des contrôles peut être mesurée selon le degré auquel elle défend les « hors-la-loi ». Toutes les revendications contre le contrôle doivent être mises dans le contexte d’une opposition à tout contrôle. Voici à nouveau quelques exemples: D’abord nous sommes critiques des revendications pour une « amnistie » gouvernementale pour les illégaux. A quel niveau se situera cette amnistie ? Qui doit être inclus dans cette revendication ? Mais surtout, qui doit en être exclu? Qui donne, à quiconque opposé aux contrôles, le droit de déterminer qui doit être exclu? Personne n’est illégal veut dire ce qui est dit -toute personne dans le monde entier souhaitant entrer ou s’installer ici doit en avoir le droit. Les amnisties doivent être critiquées d’un point de vue purement pragmatique, car elles seront utilisées par le Ministère de l’Intérieur pour tendre un piège à ceux en auront été exclus. C’est précisément ce qui est arrivé en 1974 lorsque le gouvernement travailliste a déclaré une amnistie, aux conditions très étroites, et a ainsi expulsé beaucoup de ceux qui avaient déposé des demandes, croyant à tort qu’ils remplissaient les conditions requises.

Deuxièmement nous sommes critiques des revendications qui, même pleines de bonnes intentions, laissent ceux non inclus dans la revendication encore plus vulnérables et exposés aux contrôles d’immigration. Par exemple, la demande que les femmes qui viennent ici pour se marier et deviennent victimes de violence domestique ne devraient pas être soumises à l’exigence de vivre 12 mois avec leur compagnon afin d’acquérir un statut d’immigration complet. Après des années de campagne, cette revendication a été partiellement satisfaite. Ainsi, il est clair qu’elle représente un gain énorme pour les femmes qui n’auraient eu autrement qu’un choix impossible de rester dans une relation violente ou d’être expulsées. Néanmoins, qu’en est-il de toutes les femmes qui ne sont pas victimes de violence domestique et qui désirent quitter leur compagnon pour une raison ou une autre ? Pour elles, ne pas être battues par leur compagnon est devenu un désavantage. C’est ici un nouvel exemple d’une situation inacceptable (la violence contre les femmes) qui est devenue une chose hautement désirée du point de vue des lois de l’immigration. Cette position est indéfendable. La seule position défendable est de lutter pour les droits de tous, hommes et femmes, indépendamment de leurs situations personnelles.

Troisièmement, les contrôles de l’immigration ne sont pas seulement racistes. Dans leur nationalisme, ils englobent pratiquement toutes les idéologies réactionnaires. Ainsi, sans aucune surprise, ils sont homophobes. Jusqu’à récemment, il n’y avait pas de disposition pour un conjoint gay afin de venir ou habiter ici. Toutefois nous sommes critiques des campagnes pour l’égalité entre les relations hétérosexuelles et homosexuelles au niveau des contrôles d’immigration. Il ne peut y avoir de notions de chances égales dans les contrôles de l’immigration- à moins que l’on défende l’égalité des exclus.

Pendant les quarante dernières années, les contrôles de l’immigration ont systématiquement attaqué, usé et brisé des dizaines de milliers de familles noires du sub-continent indien, des Caraïbes et d’Afrique. Revendiquer l’égalité avec les couples hétérosexuels c’est simplement ignorer la nature raciste des contrôles et ainsi la relation entre le racisme, le sexisme et l’homophobie. Un autre problème est que la revendication des droits des couples gays fait de l’amour un enjeu politique- qu’en est-il des personnes gays et célibataires, solitaires, ceux sans aucune orientation sexuelle ou ceux dont l’orientation sexuelle est indéfinie? En incluant les couples gays dans les limites de la loi de l’immigration et de ses droits « fallacieux » toutes les autres personnes sont par définition exclues. Leur statut de « hors-la-loi » s’intensifie. C’est la lutte pour les droits de tous les hommes et femmes gays ainsi que de tous les autres, pour le droit de se déplacer indépendamment de leur situation civile ou personnelle qui importe. La seule égalité des chances qu’il puisse y avoir dans les contrôles d’immigration est qu’il n’y en ait pas du tout.

Quatrièmement, revendiquer d’être « inclus » dans les limites des contrôles ?demander des aides sociales spécifiques pour les couples gays- est étrange vu que tout le monde se bat pour être exclu des tentacules des contrôles. Cependant cette contradiction existe, car, à cause de l’existence des contrôles, tout le monde y est ainsi plus ou moins « inclus » – Dans ce sens, les femmes qui subissent une violence domestique restent toujours extrêmement soumises aux contrôles ?elles sont obligées en effet de revivre la violence quotidiennement pour qu’elle soit crédible. La seule solution politique à ces problèmes est la lutte pour l’abolition de toutes les formes de contrôle.

Cinquièmement, toutes les lois depuis 1905 (intensifiées d’une façon extraordinaire pendant la dernière décennie) peuvent être considérées comme une nouvelle brique du mur- le mur empêchant l’entrée des indésirables, de ceux et celles qui n’ont pas été choisi(e)s. Il est ainsi insuffisant de revendiquer le retrait de la dernière loi en date, de retirer la dernière brique- c’est tout le mur qui doit être rasé. Autrement tous ceux qui étaient exclus par les lois précédentes resteront hors-la-loi et, pire encore, des hors-la-loi oubliés. Revendiquer seulement l’annulation de la loi la plus récente sert simplement à légitimer celles qui la précédent. Un exemple en est la campagne contre une section de la Loi sur la Nationalité, l’Immigration et l’Asile 2002 ( la dernière législation) qui refuse toute aide aux demandeurs d’asile ayant déposé leur application en retard ?et ainsi laissent ces réfugiés sans ressources. Néanmoins en 1999, il y a eu une autre campagne contre la dernière législation de l’époque -la Loi sur l’Immigration et l’Asile. Il s’agit de la loi qui a crée la loi sur les pauvres (dispersions forcées, allocations au montant inférieur au seuil de pauvreté). Mais maintenant cette nouvelle campagne veut inclure les demandeurs d’asile « retardataires » dans la loi sur les pauvres ! Ceci encore n’est pas une positon politiquement défendable. En même temps, sont oubliés tous les non-demandeurs d’asile, les sans papiers, les migrants et immigrés, qui n’ont pas du tout reçu d’aide d’une quelconque nature à cause des dispositions de plusieurs lois datant d’avant 1999. Ces statuts eux-mêmes furent autrefois nouveaux, firent l’objet d’une campagne et sont maintenant oubliés. Personne n’est illégal c’est lutter pour détruire les contrôles d’immigration en leur intégralité et en même temps lutter pour rompre les liens entre le droit à la protection sociale et le statut d’immigration.

Socialisme

Plusieurs sinon la totalité des arguments utilisés pour la justifier les contrôles de l’immigration sont simplement ridicules et sont le résultat d’une panique morale née du racisme, n’ayant aucune prise avec la réalité. Telle est aussi l’idée selon laquelle la population du monde entier pourrait débarquer dans ce pays s’il n’y avait pas de contrôles : même dans le cas où une telle idée serait véridique, elle devrait inciter à comprendre les raisons pour lesquelles on viendrait, plutôt qu’inspirer de la peur. Néanmoins les objections contre l’ouverture des frontières ont besoin d’être éclaircies et exigent une analyse socialiste et anti-impérialiste. Les objections concernant « la surpopulation » nécessitent de discuter de l’utilisation sociale des ressources ?basée sur les besoins et non les profits. L’objection, surréaliste, que les migrants, les immigrés et les réfugiés obtiennent des maisons luxueuses et des aides sociales sans fin par rapport aux employés britanniques doit être balayée en indiquant la vérité (à savoir que le contraire est le cas) mais aussi en reconnaissant que la protection sociale est terriblement insuffisante pour tout le monde -pour ceux qui possèdent des papiers et les sans papiers, qui ont un intérêt commun à lutter pour de meilleurs avantages sociaux. L’objection que ceux qui fuient la dévastation du tiers monde n’ont pas le droit de débarquer peut être encore combattue par la désignation de la responsabilité impériale dans ces dévastations, dans le passé et le présent. Comme le mouvement asiatique des jeunes a l’habitude de le dire « Nous sommes ici car vous étiez là-bas.» L’objection qu’un état aurait le droit de contrôler ses frontières peut être en fin de compte également balayée en questionnant la nature de l’état nation et des frontières. Nous sommes d’accord et chantons en ch?ur avec John Lennon? « Imagine There’s No Countries ».

L’avenir- Rompre les liens, débrancher la prise ! Nous devons · Etablir la plus large alliance possible pour les luttes contre les contrôles de l’immigration parmi celles et ceux qui ont des opinions politiques diverses. Le faire sans connivence avec les contrôles et sans remettre en question le principe d’abolition de toute forme de contrôle. Il faudra débattre et les gagner à adopter une position d’opposition à toutes les formes de contrôles. No one is illegal, sans exception, sans concession, sans conciliation. · Porter la revendication pour l’abolition des contrôles de l’immigration au sein de tous les combats et campagnes en soutien aux migrants et aux réfugiés. La position pour l’abolition des contrôles ne doit pas être une pré-condition pour le soutien à une compagne particulière, mais nous devons en débattre au sein de toutes les campagnes. Nous devons proposer des slogans qui reflètent une position d’opposition au contrôle : non pas des slogans comme « les réfugiés sont nos amis » ou « les réfugiés sont bienvenus ici » mais plutôt des slogans qui reconnaissent que nous sommes pour la liberté de chacun en tant que droit, et non pas par charité : No one is illegal – Liberté de circulation – Pas de contrôles de l’immigration. · Soutenir et bâtir toutes les campagnes contre les expulsions. Faire ceci sur la base de la solidarité et non pas de la compassion. No one is illegal – Pas besoin de justification quelconque à sa présence ! · Soutenir et bâtir chaque campagne contre les centres de rétention, car ces derniers sont l’une des plus claires, des plus scandaleuses, brutales et injustes conséquences des contrôles de l’immigration. Aucun réfugié ni aucun immigré ne doivent être détenus simplement parce qu’ils veulent être dans ce pays. Tous les centres de détention/expulsion, et aussi d’hébergement, d’insertion et tout autre centre de nature répressive chargés d’appliquer l’inapplicable, doivent être fermés. No one is illegal – pas d’enfermement ! · Combattre contre toute forme de connivence avec les contrôles de l’immigration et avec le Home Office. En particulier les autorités locales et les ONG doivent refuser de mettre en ?uvre la loi sur les pauvres. Les autorités locales doivent refuser d’agir comme des agents sous-traitants procurant des hébergements (souvent non louables) dans le cadre du programme de dispersion forcée. Les ONG doivent également refuser l’argent du Ministère de l’Intérieur pour appliquer la loi sur les pauvres, soit en procurant des hébergements soit des conseils No one is illegal – Rompons les liens entre le droit à la protection sociale et le statut d’immigration ! · Pour les employés au sein du système des aides sociales, refuser de respecter le règlement portant sur le refus des aides sociales basé sur le statut d’immigration. La plupart des employés au sein de la sécurité sociale, au niveau local ou national, ont entamé leur emploi avec la pensée qu’ils procureraient un service socialement utile. Ils se retrouvent en train de refuser des services et sont devenus une partie intégrante de la machine de contrôles de l’immigration. No one is illegal ? Pas de soumission, être dans et contre l’Etat ! · Evidement la non-soumission des employés, au niveau individuel, les laisserait complètement vulnérables à la victimisation et au renvoi. La Non-soumission exige un soutien important des syndicats. Il est impératif d’essayer de gagner les syndicats à une position d’abolition des contrôles de l’immigration. Pour ceci il est également important de former, au sein des syndicats, des groupes de base de travailleurs sociaux qui sont obligés d’appliquer des contrôles d’immigration interne. No one is illegal -contrôle par les travailleurs et abolition des contrôles de l’immigration ! · Pour une campagne massive des syndicats pour le soutien à l’organisation des sans papiers -des déclarés illégaux. Une telle campagne devrait aider à rompre la division entre les sans-papiers et ceux qui en possèdent. Elle permettrait de développer une campagne contre l’exploitation de la main-d’?uvre et pour la protection des droits des migrants- le droit à une rémunération juste, le droit à des conditions décentes de travail et, surtout le droit au travail lui-même (car il est maintenant illégal de travailler sans une autorisation appropriée.) Cela donnera aussi une autre base aux sans-papiers pour résister aux expulsions et lutter pour la régularisation de leur statut. No one is illegal ? Tout le monde a le droit de travailler, le droit de faire partie d’un syndicat, et le droit d’avoir des conditions de travail décentes !

Nous ne sommes pas seuls !

No one is illegal est une phrase qui a été utilisée pour la première fois par Elie Weisel, un survivant juif des nazis allemands, réfugié et prix Nobel. Il parlait en 1985 à Tuscon, Arizona dans une conférence pour la défense des droits des réfugiés à vivre aux Etats-Unis. Le mouvement pour le droit au refuge initié par les communautés religieuses aux USA ( et à un degré moindre en Grande-Bretagne) en soutien à ceux qui sont menacés par les contrôles de l’immigration fait partie de l’échiquier de résistance aux contrôles.

Ces dernières années, des groupes « No one is illegal» se sont formés dans toute l’Europe et l’Amérique du Nord- par exemple en Allemagne (Kein Mensch Ist Illegal), Espagne (Ninguna Persona Es Ilegal), Suède (Ingen Manniska Ar Illegaal), Pologne (Zaden Czlowiek Nie Jest Nielegalny) et en Hollande (Geen Mens Is Illegal). En août 1999, des anarchistes ont organisé une manifestation à Lvov en Pologne contre les expulsions d’employés ukrainiens sous le slogan « No one is illegal». En France la campagne pour les sans-papiers s’est aussi faite sous le slogan No one is illegal. Des camps « Personne n’est illégal « « No Border » ont été organisés aux frontières communes entre l’Allemagne, la République tchèque et la Pologne, à Frankfurt, au sud de l’Espagne et à Salzburg.

En juin 2002, il y a eu une manifestation contre la guerre, la globalisation et pour la défense des réfugiés sous le même slogan à Ottawa au Canada. En Angleterre des groupes sont en train d’émerger qui se nomment No Border. La revendication pour l’abolition des contrôles, plutôt que d’être vue comme extrême, fonctionne comme un appel pour la convergence des sans-papiers et de ceux qui travaillent avec eux. Notre but, en présentant notre manifeste, est d’encourager la formation de groupes « No one is illegal / No Border » dans tout le pays- groupes oeuvrant sans réserves à la destruction de tous les contrôles de l’immigration.

Steve Cohen (Manchester) Harriet Grimsdith (Bolton) Teresa Hayter (Oxford) Bob Hughes (Bristol) Dave Landau (London)

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